
Le club social ( 4ème partie )
John Harding, qui commandait ce bâtiment, s'aperçue que plusieurs esclave se parlaient à l'oreille, s'imagina enfin que quelque noire conspiraient pour recouvrer leur liberté ; alors, sans s'assurer si ses soupçons étaient fondés, savez-vous que fit le capitaine Harding ?
Il condamna sur-le-champs deux de ces malheureux à la mort, un homme et une femme, et prononça la sentence en étendant la main vers l'homme, qui devait mourir en premier : à l'instant même le malheureux fut égorgé devant tous ses frères, puis on lui arracha le coeur, le foi et les entrailles, qui furent répandus à terre, et, comme ils étaient trois cents esclaves sur le bâtiment, on coupa le coeur, le foie et les entrailles en trois cents morceaux qu'on força les compagnons du mort de manger crus et ensanglantés, le capitaine menaçant du même supplice quiconque refuserait cette horrible nourriture !
Le cruel capitaine désigna ensuite la femme à ses bourreaux ; les ordres avaient été donnés d'avance, et le supplice était réglée. La pauvre créature fut attaché avec des cordes par les deux pouces, et suspendue à un mât jusqu'à ce que ses pieds eussent perdu terre. On lui enleva les quelques haillons qui la couvraient, et on la fouetta d'abord jusqu'à ce que le sang ruisselât par tout son corps, trois cents morceaux de chair ; si bien que tous ses os furent mus à découvert, et qu'elle expira dans les plus cruelles torture !
Un tiers à peu près, est mort dans la traversée nous l'avons dit : bornons-nous au quart, et vous allez voir où le calcul mortuaire va nous mener.
Le scorbut, l'éthisie, les fièvres putrides, une autre fièvre aiguë qui n'a pas de nom scientifique, et qu'on appelle la fièvre des nègres, fondent sur eux au moment où leurs pieds touchent la terre, en enlèvent encore le quart ; c'est un tribut que le climat impose à ceux qui, d'Afrique, passent aux iles américaines. Or, l'Angleterre seul exporte cent mille noirs, et la France la moité ; cent cinquante mille à elle deux ;c'est donc soixante-quinze mille nègres que deux nations placées à la tête de la civilisation font périr tous les ans pour donnez soixante-quinze mille autres colonies. Calculez, vous qui m'écoutez ici, calculez quel nombre immense de victimes ont, sans en tirer aucun bénéfice, fait périr ces deux nations depuis deux cents ans que dure ce commerce ; soixante-quinze mille nègres par an, pendant deux cents ans, donnent un chiffre de quinze millions d'hommes détruit par nous ; et, si vous ajoutez à ce douloureux calcul un chiffre égale pour tous les esclaves dont les autres royaumes d'Europe ont causé la mort, vous aurez trente millions de créatures enlevées de la surface du globe par l'insatiable cupidité des Blancs !
